A la descente du paquebot

          Si tu avais croisé le regard des passants ma Fleur, tu aurais vu le tas d’envieuses que tu fis, lorsque tu descendis d’un pas désirable, les escaliers pour regagner le port. Moi j’étais planté là, en bas de la rampe. Comme un idiot parmi cette foule d’inconnus, je te regardais d’un air indifférent tel une passagère parmi tant d’autres. C’était puéril je le sais bien, mais je craignais tellement que naisse des traits de mon visage, la jouissance de t’avoir en secret, connue. Nous étions tous les deux sur le paquebot. Ton hublot donnait sur le flanc tribord de la coque et moi, petit marinier des fonds de cales.

           Je me souviens la première fois que je t’ai vue. Ta jolie robe à fleurs bleu ciel virevoltait dans la brise du vent sur la poupe. Tu étais seule, un livre à la main regardant l’écume blanche fricoter avec la peau des vagues. Le soleil réfléchissait tes cheveux dorés, noués d’un ruban de soie blanche. Tu étais face à la mer, et moi je souriais tel un gamin, de contempler de près ta beauté si particulière.
Fier de son pompon rouge, moi le petit mousse en blanc rayé, je découvris avec toi la Passion de l’Amour en secret. J’étais un heureux permanent ! Tu étais fidèle à nos rendez-vous intimes, où nous nous retrouvions à la poupe. J’avais alors plaisir à vérifier le matériel de sauvetage, rien que pour venir te courtiser.

           Ma jolie Fleur, te souviens-tu de notre rencontre ? De ce jour où ton foulard s’échappa de tes épaules, sans que tu ne t’en aperçoives. Je me suis mis à courir comme un fou pour le rattraper. Délicatement je suis venu derrière toi, le cœur palpitant je n’ai point ouvert la bouche. Tes cheveux libres au vent caressaient mon visage, et je humais le temps d’une seconde, l’odeur sucrée de ton parfum s’exhalant.
           Ivre de toi j’ai alors posé ma main sur ton épaule frêle et tu sursautas. En me voyant tu as souri, puis ri de voir mon visage d’enfant naïf. Le temps d’un accostage, mes pupilles se sont perdues dans l’azur de tes yeux. Puis je t’ai dit : « Madame, je crois que ceci vous appartient. Il n’y a qu’une Fleur délicate comme vous, pour embellir une étoffe aussi belle ! »

           Jolie passagère, la douceur de cette folie ne fut que le soupir languissant d’une Passion de l’Amour que tu allumas en moi, le temps d’une minute éphémère… lorsque tu descendis les escaliers de ce paquebot.

 

Vim "A la descente du paquebot..."

A la descente du paquebot