Traquée

C’est le matin, on s'affaire de tous côtés

Chacun sa butine et son entrain, comment soupçonner

Que le frelon de ces dames est un charmeur de serpents

Jouant de son dard enchanté, trompant son environnement

 

Il est midi, je suis seule dans les couloirs de fleurs

Il fait bien jour et pourtant, j’étouffe de peur

Je vis l’épouvante, son bourdonnement lourd et grinçant

Arrive de nulle part, voler mon être s'agitant

 

Il en est ainsi régulièrement, animé d'une faim féroce

Il attend que je sois seule, abeille isolée

Face à lui je ne peux rien, c’est un colosse

Mon âme souffre, mon corps est maltraité

 

Je vis seule loin de la ruche, il le sait bien

Il me menace : « nous sommes nombreux dans l'essaim» !

Il me dit que c’est plus fort que lui

Que je serai pour toujours à lui

 

Je ne sais plus respirer, j’ai mal partout

Son parfum m’empoisonne, sa voix me paralyse

Je fuis les regards, j’évite le miroir, je m’enlise

Comment vais-je m’en sortir, je pleure, je suis à bout

 

J’ai peur, j’ai honte, je ne peux parler

Mes antennes n’arrêtent pas de vibrer

Il cherche à me suivre, quand tombe la nuit

Je suis tétanisée, mon coeur se liquéfie

 

Quelques ouvrières veulent me conduire chez les gendarmes

Je ne peux pas, je pense à prendre une arme

Je m’use les ailes, je tremble et ne peux parler

Je préfère finir en ruche, en guise de sécurité

 

Je ne vois pas d’autre issue, je pense à l’irréparable

Pour les abeilles, cela est impensable

Elles ne m’ont pas lâchée, fidèles à mes côtés

De mon bourreau le frelon, elles m’ont libérée.

 

Vim  « Traquée »

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Photo du site ici.radio-canada.ca

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