Avant de partir

             Elle avait déposé son journal intime sur le chevalet. L’encrier s’était déversé à l’intérieur, seule la dernière page fut sauvée de la marée bleue :

       « La journée s’achève, le ciel se maquille d’étoiles et affiche son plus beau sourire de lune. Seule entre mes quatre murs comme un peintre malheureux, je fais pleurer mes pinceaux et mes couteaux sur la toile. J’ai l’inspiration morose, je n’ai pas peur de l’avouer. Serait-ce mal que d’être honnête ?

  Il ne fait pas très chaud dans mon salon, j’ai le cœur qui grelotte.

Tous les voisins sont endormis, moi je suis là derrière ma fenêtre dans le noir, j’embrasse la pénombre. Mon regard fixe les candélabres éclairant les trottoirs de la ville assoupie.  Le silence est lourd, il grince des dents. C’est un prince déshérité de sa voix, dépossédé.

     Reine exilée, déchue de ses dames d’honneur, la solitude est mon breuvage désormais, mon tendre poison.

         Oh nuit, nuit... Tu es le recueil de mes soupirs. Presse-toi de faner je t'en supplie, que le jour puisse éclore. Je n’ai plus maintenant qu’à bercer les feuilles blanches des mots de mon cœur, ma grande revanche. »

 

Vim « Avant de partir… »

La femme qui pleure portrait w858

Photo du site tele.premiere.fr

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